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« Défendre la nature, c'est défendre les droits humains » le discours fondateur de la Maire de Poum

  • Photo du rédacteur: Maxime LE BRAS
    Maxime LE BRAS
  • il y a 3 heures
  • 4 min de lecture

À l’occasion de la remise officielle de la Palme IFRECOR 2025, distinguant l’Atlas de la Biodiversité Communale (ABC) de Poum au niveau national, Madame la Maire Henriette Hmae Tidjine a prononcé un discours fort, engagé et profondément inspirant.


Au-delà de la reconnaissance scientifique et environnementale, ce discours pose une vision politique claire, plaçant la biodiversité, les savoirs traditionnels, les droits humains et la gestion durable au cœur du projet communal. Il retrace l’ampleur du travail accompli, rend hommage à l’ensemble des acteurs mobilisés, et affirme avec force la responsabilité collective de préserver ce patrimoine vivant exceptionnel.



Nous vous proposons de découvrir l’intégralité de cette allocution, qui marque une étape importante dans l’histoire environnementale, culturelle et humaine de la commune de Poum.



**Discours de Madame la Maire, Henriette Hmae Tidjine

Remise officielle de la Palme IFRECOR 2025 – Poum**


Monsieur le commissaire délégué, représentant de l'IFRECOR en Nouvelle-Calédonie,

Mesdames et Messieurs les élus,

Messieurs les coutumiers,

Chers partenaires,

chers habitants de Poum,


C'est un honneur et une émotion toute particulière de vous accueillir aujourd'hui, ici, à la mairie de Poum, pour la remise officielle de la Palme IFRECOR 2025.

Si ce prix a été officiellement décerné en novembre dernier lors du comité national réuni à Sainte-Luce, en Martinique, le recevoir aujourd'hui sur notre terre, entourés de ceux qui ont porté ce projet, lui donne tout son sens.

Recevoir cette distinction ici, à l'autre bout de notre grand océan commun, témoigne de la solidarité qui unit nos territoires face aux défis environnementaux majeurs de notre siècle.

Poum est une terre de contrastes, située à l'extrémité nord-ouest de la Grande Terre calédonienne, où 1 500 habitants veillent sur un espace seize fois plus vaste que Paris.

Pendant plus de deux ans, nous avons mené ce que certains ont appelé un « travail de fourmi ».

Cette Palme vient ainsi récompenser une aventure humaine et scientifique sans précédent : la réalisation de notre Atlas de la Biodiversité Communale.

Pendant plus de deux ans, notre commune est devenue un véritable laboratoire à ciel ouvert.


Ce succès, nous le devons à une mobilisation exceptionnelle :

• 130 contributeurs, incluant des scientifiques de renommée mondiale, des bénévoles et les habitants de nos tribus ;• L'engagement constant d'associations clés comme Gardiens des Îles, présidée par Malik Oedin, la Société Calédonienne d’Ornithologie, présidée par David Ugolini, Endemia, et l’Association pour la sauvegarde du patrimoine minier et historique du Nord calédonien ;• Et bien sûr, la ténacité de Dominique Fleurot, coordinateur du projet et pilier de cette opération.

Le « travail de fourmi » a porté ses fruits, grâce à eux, et je tiens à les remercier chaleureusement.


Avec le soutien de l’Office français de la biodiversité et grâce aux inventaires menés entre septembre 2022 et décembre 2024, nous disposons désormais de 26 000 observations naturalistes.

Dans nos lagons, 366 espèces de nudibranches ont été inventoriées, dont 72 nouvelles pour la Nouvelle-Calédonie. Plus de 156 espèces de poissons marins ont été recensées, dont quatre espèces de requins.

Concernant les coraux, 85 espèces de coraux constructeurs et 24 autres espèces ont été identifiées.

Sur nos îles, la découverte du dekmen, le merle des îles, sur deux nouveaux sites constitue une victoire majeure pour la survie de l’oiseau le plus rare du pays.

Des observations inédites ont également été réalisées, notamment une araignée orange encore jamais vue sur le territoire et un gecko très rare sur l’île de Baaba.

La cartographie fine de nos mangroves et herbiers nous offre une base solide pour protéger les zones de vie du dugong et des tortues.

Plusieurs types d’oiseaux dépendent de l’espace maritime de Poum ou le fréquentent régulièrement. Le décompte final recense 37 espèces d’oiseaux liées à la mer sur un total de 84 espèces identifiées.

L’espace maritime de Poum a également révélé d’autres richesses : observations de baleines à bosse, recensement de mammifères marins, reptiles marins, mollusques, holothuries et crustacés.

La cartographie couvre l’ensemble de notre domaine maritime :– 5 078 hectares de mangroves et tannes,– 14 640 hectares de platiers et herbiers,– 132 970 hectares de lagon,– 12 780 hectares de grand récif.

Elle doit nous permettre d’orienter notre réflexion vers un futur plan d’aménagement directeur intégrant les usages, les coutumes et les pratiques quotidiennes de nos administrés.


Notre démarche s’inscrit dans une vision globale, celle portée par la Commission nationale consultative des droits de l’homme, qui rappelle que l’humanité mène une « guerre suicidaire contre la nature ». À Poum, nous avons compris que la protection de la biodiversité est indissociable des droits humains.

Nous avons intégré les savoirs traditionnels kanak via un lexique vernaculaire de la biodiversité, élaboré avec les habitants. Il répertorie 256 espèces, dont 176 marines, nommées dans les deux langues locales parlées à Poum.

En protégeant nos récifs et nos forêts, nous protégeons également notre sécurité alimentaire, notre santé et nos ressources en eau.

Cette Palme n’est pas une fin en soi. Cet Atlas n’est pas qu’un recueil scientifique : c’est un outil politique. C’est un mandat. Un mandat pour continuer à défendre notre patrimoine vivant. Un mandat pour faire de Poum un territoire pilote de gestion durable. Un mandat pour affirmer que la biodiversité n’est pas un décor, mais une condition de survie et de dignité.


Découvrez ci-dessous l'Atlas de la Biodiversité de Poum ainsi que lexique vernaculaire en langues de Poum :



 
 
 

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